Entretien avec Wu Ming 2

Wu Ming refuse le culte de l’auteur, l’idée de devenir des vedettes; voilà pourquoi ils évitent les photos ou les entretiens filmés: comme le dit Wu Ming 1, ils préfèrent apparaître en chair et en os devant leur public, avoir un contact direct avec lui et savoir que si quelqu’un les reconnaît dans la rue, c’est parce qu’ils ont partagé le même espace avec leur corps. C’est ce qui nous est arrivé à l’occasion du colloque Pratiques collectives – Pratiques du collectif (Université Paul-Valéry Montpellier 3, 9-11 mars 2016) auquel a participé Wu Ming 2. Celui-ci a accepté de répondre à nos questions. Voici quelques extraits de cet entretien.


Wu Ming 2 nous a exposé les différentes étapes que le collectif traverse pour arriver à la rédaction d’un roman ; en d’autres termes, il a détaillé les caractéristiques de leur écriture collective. Il s’agit d’un long travail minutieux qui implique, du début à la fin, tous les romanciers. Ce travail est devenu désormais automatique grâce à l’expérience et à l’entente entre les membres du collectif, qui se connaissent depuis vingt ans. Même si Giovanni Cattabriga (Wu Ming 2) nous dit que les Wu Ming n’écrivent plus aujourd’hui de la même façon qu’il y a vingt ans, leur fonctionnement reste plus ou moins le même : après avoir choisi ensemble une époque, un cadre historique, un contexte politique comme base pour leur histoire, ils procèdent à des recherches pour mieux connaître leur sujet. Puis de façon très libre ils construisent le squelette de l’histoire, émettent des hypothèses sur une éventuelle fin, etc. Ensuite, chacun d’entre eux prend un chapitre précis sous sa responsabilité et l’écrit de son côté. Ils se réunissent souvent pour faire le point, car une communication par messagerie électronique ne suffit pas. Lors de ces réunions, chacun
lit à haute voix son chapitre et à tour de rôle les autres émettent des commentaires, soulignent les éléments à revoir, etc., mais seulement pour la trame car le style a été défini dans les grandes lignes avant la rédaction.
Les romanciers ont également pour principe de ne jamais se focaliser sur un personnage. Personne ne doit devenir le spécialiste d’un personnage afin de ne pas devenir trop sensible à la critique lorsque tous les chapitres sont passés en revue. Ils relisent tous ensemble le tout plusieurs fois, afin de vérifier que tout s’accorde et que l’histoire se développe de façon cohérente. La dernière étape est celle des questions linguistiques : lorsque la structure de l’histoire est solide, il ne reste qu’à perfectionner l’expression. Les romanciers relisent donc encore une fois tout le récit et apportent les modifications nécessaires au niveau du lexique et de la syntaxe (choix et ordre des mots, etc.).
Nous étions intrigués par le fait que Manituana soit le seul roman auquel avait été consacré un site internet. Giovanni Cattabriga nous a expliqué que le site a permis aux auteurs de publier des récits dérivés du roman, mais aussi de parler de l’histoire sans « spoiler » la fin pour les personnes qui ne l’auraient pas encore lue. Il n’y a pas eu de site pour les autres romans faute de temps et d’argent. De plus, ils ne voulaient pas s’imposer en tant qu’auteurs pour tout ce qui concerne les suites données aux romans (spin-off fins alternatives, musique et autres médias utilisant l’histoire racontée). Après avoir donné un exemple de ce qu’il est possible de faire, ils espéraient que les lecteurs prennent directement l’initiative. Le collectif ayant affirmé que L’invisibile ovunque a inauguré une
nouvelle phase de leur mode d’écriture, nous avons demandé à Wu Ming 2 en quoi consistait ce tournant. Il s’avère que le collectif est à la recherche d’un nouveau mode d’expression et ne veut plus écrire des romans historiques de structure classique, même si on y trouve des distorsions. Il n’est pas question d’abandonner l’Histoire, mais seulement de changer la forme et la façon d’aborder les sujets historiques. Il se peut donc que nous puissions lire prochainement des œuvres qui mêleront plus encore la fiction et la non-fiction, en nous plongeant davantage dans le monde du fantastique, ou bien des œuvres qui se concentreront sur le présent, en nous le proposant dans une perspective historique, à partir des archives répertoriant les événements survenus « avant-hier ».

Que vous connaissiez les romans déjà publiés ou que vous n’ayez rien lu des Wu Ming, suivez l’évolution de leur technique narrative : elle va vous réserver des surprises !

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Auteur : Francesca

Sono italiana, di Milano. Adoro viaggiare, curiosare, assaggiare.

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